Caspar David Friedrich est né en 1774 à Greifswald, petit port de la Baltique alors rattaché à la Suède, dans la famille d'un fabricant de savon et de chandelles. Son enfance est marquée par les deuils. Il perd sa mère à sept ans, puis voit mourir son frère, noyé en tentant de le secourir lorsque la glace d'un étang cède sous leurs pieds. Après une formation à l'Académie royale des beaux-arts de Copenhague, il s'installe en 1798 à Dresde, où il passera toute sa vie.
Friedrich parcourt à pied les montagnes... Voir plus >
Caspar David Friedrich est né en 1774 à Greifswald, petit port de la Baltique alors rattaché à la Suède, dans la famille d'un fabricant de savon et de chandelles. Son enfance est marquée par les deuils. Il perd sa mère à sept ans, puis voit mourir son frère, noyé en tentant de le secourir lorsque la glace d'un étang cède sous leurs pieds. Après une formation à l'Académie royale des beaux-arts de Copenhague, il s'installe en 1798 à Dresde, où il passera toute sa vie.
Friedrich parcourt à pied les montagnes de Bohême, les forêts de Saxe et les côtes de l'île de Rügen, dessinant arbres, rochers et nuages avec une grande précision. Il ne peint pourtant jamais sur le motif. En atelier, il assemble ces études pour composer des paysages idéaux, chargés de sens. En 1808, sa Croix dans la montagne, conçue comme un retable, déclenche une vive polémique : jamais un simple paysage n'avait prétendu porter un message religieux. Deux ans plus tard, le prince héritier de Prusse achète Le Moine au bord de la mer et L'Abbaye dans une forêt de chênes, qui font de lui l'un des peintres les plus en vue d'Allemagne.
Au cœur de son œuvre se trouve la Rückenfigur, le personnage vu de dos qui contemple le paysage à notre place. Le plus célèbre est Le Voyageur contemplant une mer de nuages, peint vers 1818 et conservé à la Kunsthalle de Hambourg. Debout sur un éperon rocheux, un homme en redingote domine un océan de brume d'où émergent des sommets. On retrouve ce dispositif dans Les Falaises de craie de l'île de Rügen, peintes lors de son voyage de noces la même année, dans Deux Hommes contemplant la lune, qui aurait inspiré à Samuel Beckett En attendant Godot, ou dans Femme à la fenêtre, où son épouse Caroline regarde l'Elbe depuis l'atelier.
Arbres morts, ruines gothiques, cimetières sous la neige, lunes voilées et navires au loin forment chez lui un vocabulaire de symboles liés à la mort, à la foi et au passage du temps. Ce langage fait de Friedrich la figure majeure du romantisme allemand, et annonce déjà le symbolisme de la fin du siècle. La Mer de glace, où les débris d'un navire disparaissent sous un amas de blocs gelés, illustre sa fascination pour la puissance écrasante de la nature. Là où son contemporain anglais William Turner dissout le paysage dans la lumière et la tempête, Friedrich le fige dans un silence presque religieux.
À partir des années 1820, le goût du public change et ses toiles se vendent mal. Frappé par une attaque en 1835, il ne peut plus guère peindre à l'huile et meurt à Dresde en 1840, pratiquement oublié. Sa redécouverte commence en 1906, lors d'une grande exposition à Berlin. Les surréalistes, puis des peintres abstraits comme Mark Rothko, reconnaîtront en lui un précurseur. En 2024, le 250e anniversaire de sa naissance a donné lieu à des expositions à Hambourg, Berlin et Dresde, qui ont attiré des foules considérables.
Voir moins